L'Aventure spatiale en Afrique?

Une table ronde virtuelle organisée le 11 mars 2021 en partenariat avec le CNES dans le cadre de la participation de la Cité de l’espace à la saison Africa 2020 de Septembre
Mis à jour 5 juin 2021



Nourrie par des personnalités africaines du domaine spatial et avec la participation de Caroline Gueye, artiste de la Résidence 1+2, la rencontre a été organisée pour être une véritable découverte des dynamiques individuelles et collectives.
  • Comment l’Afrique tire-t-elle bénéfice des technologies spatiales pour son développement actuel et futur ?
  • Quelle utilisation de l’espace et de ses applications sur le sol africain ?
  • Quelle implication dans les projets spatiaux mondiaux ?
  • Quel rapport au ciel et à l’espace ?
  • Quel imaginaire de l’aventure spatiale ?
  • Comment l'Agence spatiale Africaine est-elle née?


Avec :
  • Sekou Ouedraogo, ingénieur spatial, auteur de l’ouvrage de référence sur l’Agence Spatiale africaine, originaire du Burkina Faso, Président de l’association African Aeronautic and Space Organisation / Associatif
  • Tidiane Ouattara, expert en sciences spatiales de la commission de l’Union africaine (Agenda 2063 avec objectifs de dev durable et enjeux) propositions très concrètes / Institutionnel
  • Linda Tomasini, expert en développement des applications du spatial à l’international au CNES (techniques, application pour l’observation de la Terre et la gestion des risques et les coopérations engagées par le CNES)
  • Caroline Gueye, artiste de la Résidence 1+2.


Revoir l'événement
https://youtu.be/WFyexObbEbU


Quelques extraits

Un processus entamé dans les années 50-60, encadré par un corpus de textes et l'institutionalisation de l'Agence Africaine de l'Espace,  servant la politique de développement de l'Afrique

Le développement du spatial en Afrique est moins une aventure que le résultat d’un processus servant les besoins de développement du Continent

Les sciences et technologies spatiales sont vues par la Commission de l’Union Africaine comme des outils de développement. Il ne s'agit donc pas pour l’instant de conquête, d'exploration spatiale, mais plutôt d’en tirer profit pour supporter ce développement, ainsi que le décrit la stratégie de l'UA pour la science, la technologie et l'innovation en Afrique 2024 (STISA 2024).

La création de l’Agence spatiale Africaine (AfSA) est à placer dans cette perspective. Elle souligne une intention, celle du continent de gouverner ses activités spatiales. Et comme l'AfSA est une agence spécialisée de la Commission de l'Union Africaine, tous les pays africains sont de facto membres de cette agence, à la différence de l’Agence Spatiale Européenne par exemple.

Avec l’établissement de l’AfSA, il ne s’agit pas de se substituer aux agences nationales, mais de les coordonner afin d’éviter les duplications. Certains pays en effet, comme l'Algérie, l'Afrique du Sud, le Nigéria, l'Egypte, le Maroc, sont en avance, par rapport à de nouveaux venus, Gabon, Ethiopie, Ghana, Kenya. Mais la grande majorité des pays africains sont des consommateurs de ces technologies spatiales sans en avoir les moyens ni la politique. L'AfSA ambitionne donc une coordination afin que tout le monde puisse tirer profit de ces sciences et technologies.

Un autre sens de cette agence spatiale est qu'elle soit un cadre réglementaire, afin que d'un pays à l’autre, les politiques concernant les données, leur partage, soient harmonisées. Les plus nantis doivent pouvoir fournir facilement des données aux moins nantis, ainsi que des infrastructures. L’AfSA veillera également à ce que les priorités de l’Afrique dans les années à venir soient respectées, priorités qui sont présentées dans l’Agenda 2063 de la Commission de l’Union Africaine, une boussole qui guide celle-ci vers un développement socio économique harmonieux, vers une intégration africaine, une prospérité une paix durable.


L’apport de la coopération internationale, l'importance de la jeunesse

Mme Tomasini (CNES) observe que les technologies spatiales ont une plus-value significative là où l'on manque d'infrastructures sol, ou de communication, ou d'observations in situ, ce qui est le cas de l’Afrique.

Elle espère que dans ce processus de développement décrit par le Dr Ouattara, celle-ci puisse mettre à profit les moyens et infrastructures mises en place avec l’aide des agences spatiales mondiales dans le cadre de Programmes de coopération des pays développés avec les pays émergents. Par exemple l’Agence Spatiale Européenne, les programmes de la Commission européenne, Copernicus et sa constellation de satellites qui observent la Terre avec des instruments variés et une précision de plus en plus fine, une fréquence d’observation importante. Ces données d’observation de la Terre sont ouvertes et gratuites. Combinées à celles distribués par des satellites de télécommunication ou bien de positionnement, GPS, Galileo, elles peuvent irriguer le tissu économique, aider les acteurs privés et publics qui peuvent innover à partir de ces données, trouver des applications et des solutions aux problèmes de la vie quotidienne, ou répondre aux enjeux du changement climatique, de la gestion des risques et ressources naturelles, etc. 

Les besoins sont immenses sur le Continent. Pour les servir, l'Afrique peut et va sans doute réaliser des bonds technologiques (leap) grâce notamment à l’intervention d'une jeunesse créative qui y apportera une vision neuve et inventera de nouvelles façons d’utiliser l’espace.  

L’importance de la Diaspora Africaine, et ses limitations. La nécessité d’adapter les programmes de formation. Le rôle de GMES et l’Afrique

Tidiane Ouattara comme Sékou Ouédraogo, sont des exemples de cette diaspora africaine formée pour faire avancer l’Espace en Afrique, qui peut y apporter beaucoup. Cependant l’enjeu pour l’Afrique est que sa jeunesse puisse la mener vers l’Eldorado évoqué, c'est à dire former ces corps de métiers que l’industrie spatiale africaine pourra utiliser. 

Pour celà, il faut connaître les attentes multiples et spécifiques des usagers et des marchés, caler, inventer et développer des formations servant celles ci. Des produits maintenant triviaux en Europe ne le seraient pas forcément en Afrique, car une fois adaptés au contexte africain, ils pourraient (re)devenir d’actualité. 

Il faut pousser des initiatives comme l’ACT IN SPACE du CNES, mais il y a aussi des programmes en cours qui le font, comme GMES et l’Afrique, un exemple de coopération phare entre les Unions Européenne et Africaine, le seul programme d’observation réellement panafricain.

GMES et l’Afrique déploie une nouvelle vision de l’Espace, celle de fournir des services et pas seulement des produits, à même d’aider des usagers dans l’exercice de leurs activités. Avec 122 institutions africaines participant à ce programme, plus de 1000 personnes formées au travers de toute l’Afrique, GMES et l’Afrique est réellement un outil d’intégration pour que des institutions de différents pays travaillent ensemble et apportent des solutions à des priorités régionales et continentales de développement.

Une francophonie de l’Espace

Le Dr Tidiane note d’ailleurs que l’Afrique anglophone est plus en avance que l’Afrique francophone dans le domaine spatial. C’est pourquoi il pousse en avant un concept de « francophonie spatiale », les pays francophones d’Afrique, mais aussi le Canada, la Belgique, la Suisse, le Vietnam, etc., ayant en commun une langue qui pourrait permettre à cette communauté d’avancer plus rapidement sur ces questions. Des discussions sont en cours à cet effet avec le CNES pour mettre en place un protocole d’accord et tirer avantage des opportunités qui se présentent. Il pourrait être officialisé au prochain Sommet France Afrique qui se tiendra en automne à Montpellier-France. 

De son côté, Mme Tomasini explique que le CNES monte un programme avec d’autres partenaires européens, les agences spatiales du Portugal, d’Italie, l’Observatoire d’Athènes, l’Institut météo finlandais, afin de former des formateurs africains, en français, en portugais, et en anglais. Elle ajoute que le CNES est effectivement en pourparlers avec la Commission de l’Union Africaine afin de structurer la coopération du CNES avec le continent africain, qui est déjà en place depuis plus ou moins longtemps via des collaborations bilatérales avec diverses agences spatiales, Afrique du Sud, CRTS au Maroc, Agence Spatiale Ethiopienne, Ministère de l’Enseignement Supérieure et de la recherche au Sénégal, l’AGEOS au Gabon.

Le New Space a-t-il un potentiel d’innovation en Afrique ? En quoi l’Afrique pourrait-elle être plus innovante ? L'importance du service aux usagers. 

Pour Tidiane Ouattara, l’Afrique est le seul continent où tout est à faire au niveau spatial, la rendant de fait un nouvel eldorado pour le spatial. Il explique pourquoi, il explique notamment que la stratégie sera gagnante-gagnante, avec d’un côté des entreprises, un secteur privé, qui y trouveraient de nouveaux marchés, et de l’autre des africains qui pourraient recevoir des services à valeur ajoutée répondant à leurs besoins.

Il y a en effet toute une série de services dont l’Afrique a besoin pour répondre aux enjeux auxquels elle fait face. Qui plus est, elle représente un milliard d’habitant actuellement, et en 2050 elle pourrait en représenter deux. Enfin, depuis 2005, le paradigme a changé dans le domaine spatial définissant ce "NEwSpace" auquel il est fait question, avec notamment plus de miniaturisation des satellites, des coûts de production bien moindres donc les rendant accessibles à plus d'acteurs étatiques ou non, l'émergence du secteur privé. Or le développement du secteur privé africain guide la politique et la stratégie de la Commission de l’Union Africaine en la matière, qui espère lui voir jouer un rôle clé et créer de la richesse, des emplois.  

Mr Ouédraogo ajoute à ce moment que le business spatial en 2019 était de 7 Md$ et qu'il devrait être de 10 Md$ en 2024. Depuis 1998, c'est 41 satellites qui ont été lancés par 11 pays africains. Le New Space permettant de lancer dans l'Espace des satellites à des prix accessibles, en seulement 6 ans, il y a eu plus de 300% d’augmentation des lancements de satellites, notamment de nano satellites. L’association qu’il préside, l’AASO, est maintenant de plus en plus sollicitée par des startups françaises pour intervenir en Afrique, mais la Chine, la Russie, etc., sont aussi sur les rangs. 

Quid d’un lanceur africain ?

Le Dr Ouattara remarque que l’Espace est une question de souveraineté, qu’il y a donc beaucoup de sensibilités nationales sur la questions spatiale, qu’il a fallu une approche graduée pour sensibiliser les décideurs politiques, pour les faire adhérer à la politique et à la stratégie spatiales de la Commission de l’Union Africaine.

GMES et l'Afrique y a contribué de manière concrète, en démontrant que l’espace peut répondre de manière opérationnelle aux questions quotidiennes des africains, gestion de l’eau, de la forêt, des ressources côtières, etc. Et que maintenant il est plus facile de déployer ce savoir-faire sur tous les autres segments. 

Par exemple, une autre initiative européenne, EGNOS GPO, qui concerne le positionnement la navigation et répond à des besoins de la navigation aérienne, est en cours de transfert dans les autres secteurs socioéconomiques, agriculture de précision, gestion des flottes de transport (terrestre et maritime).  

Il ne serait donc pas étonnant que des africains veulent bientôt lancer des satellites. Bien sûr il y aura toujours des pays africains plus avancés que d’autres, qui ont des capacités, un marché intérieur, mais ceux qui ont déjà emprunté la route pourraient leur montrer le chemin afin de maximiser les ressources dont l'Afrique dispose.

Est-ce que l’Afrique pourrait participer aux programmes lunaires africains ?

Pour le Dr Ouattara, le rêve dont il est question ici est une ambition. Mais il faut contingenter cette ambition afin de pouvoir la réaliser. Aller sur la lune ou mars demande des compétences que des experts africains en activité dans le monde, ingénieurs, chercheurs, ont certainement. La diaspora africaine pourrait donc jouer un rôle si elle était invitée à la « table ». Mais il faudra quelques dizaines d’années pour incuber ces compétences au niveau du continent. Et à ce moment là, ce sera au tour de l’Afrique d'inviter des européens, des américains, des chinois, à sa table. 

Pour lui, l’Espace est de toute façon une opportunité de collaboration mondiale, dans le cadre du « village planétaire », qui se construit autour de nouveaux outils, du partage de nouveaux savoirs instantanément. Aucun pays ne peut faire face aux enjeux spatiaux sans collaboration.


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